Comment apprendre rapidement un répertoire musical ?

COMMENT APPRENDRE UN REPERTOIRE RAPIDEMENT ?

Ou apprendre 50 morceaux pour la veille …

Dans la vie d’un musicien, il est fréquent d’avoir plusieurs projets en même temps, des demandes de dernière minute, voire plusieurs demandes de dernière minute avec des répertoires très, mais alors, TRÈS différents ….  😰 

C’est ainsi que je me suis retrouvée en décembre dernier à jouer du Eminem le vendredi sur une scène de cabaret avec violon électrique, de la chanson française le samedi avec violon électro acoustique, et le Requiem de Mozart le dimanche, à l’église de la Madeleine à Paris, avec, bien entendu, violon acoustique.

Ces demandes m’avaient été faites le même jour, à savoir, le lundi précédent ….

3 instruments, 3 styles, 3 répertoires, radicalement différents…

Que ce soit dans le cas de figure ci-dessus ou dans celui de devoir apprendre une set list de 30 morceaux pour la fin de semaine, la question est :

COMMENT AVALER, DIGÉRER ET RETENIR UN REPERTOIRE RAPIDEMENT ?

J’ai posé cette question à Sabrina Condello, violoniste du Quinteto Respiro.

Sa réponse résume pour moi la première étape essentielle dans l’apprentissage d’un morceau.

« Tout part de la musique »

 Pour apprendre un morceau, partir de la musique, c’est premièrement se poser la question de l’époque et de ses codes. Une sonate de Mozart ne s’aborde pas de la même manière que le dernier titre de Justin Bieber, que ce soit d’un point du vie stylistique et structurel.

STRUCTURE D'UNE SONATE

STRUCTURE D'UNE CHANSON

Structure d'une chanson

COMMENT FONCTIONNE LA MEMOIRE ?

Même si certains pensent qu’ils n’ont pas une bonne mémoire, il faut savoir que tout le monde est capable de mémoriser (sauf troubles pathologiques particuliers).

 La mémorisation comporte 3 processus :

  • L’encodage : enregistrement initial de l’information
  • Le stockage : maintien de l’information en mémoire
  • La récupération : rappel des informations contenues dans la mémoire, correspondant à l’aller-retour permanent entre les deux types de mémoire (mémoire à court terme et mémoire à long terme).

Il existe 3 types de mémoire principale :

  • La mémoire auditive
  • La mémoire visuelle
  • La mémoire kinesthésique

L’auditif retient aisément les sons, les bruits…Bref, tout ce qui peut s’entendre.

Le visuel utilise une mémoire eidétique, c’est-à-dire que les images, les schémas, les personnes, les partitions sont plus facilement mémorisés.

Le kinesthésique associe la mémoire à des sensations : odeur, goût, toucher, atmosphère, émotion.

Chacun.e de nous possède plusieurs types de ces profils en un dosage qui lui est propre. Nous en favorisons souvent un, qui devient alors le profil dominant.

Connaître son type de mémoire dominant permet d’adapter les méthodes de travail et d’optimiser ainsi l’apprentissage.

J’ai découvert que mon profil dominant est la mémoire kinesthésique. Je sens la note (je la renifle même, si, si 😁) et ressens les notes sur la pulpe de mes doigts lorsque je pense à de la musique.

Mais lorsqu’on veut apprendre un répertoire rapidement, ne s’appuyer que sur son seul profil dominant ne suffit pas. En effet, plus la masse d’informations à retenir est importante, plus il faut diversifier les canaux de transcriptions des données dans la mémoire en utilisant ses autres sens.

Dans mon cas, j’ai dû développer ma mémoire visuelle et auditive, suite à un trou noir d’anthologie ….

Lors d’un concours de violon, je jouais le Concerto pour violon en sol m de Prokofiev, concerto que je connaissais par cœur, sur le bout des doigts, et que je jouais depuis longtemps.En plein milieu du mouvement, catastrophe ! La musique défilait dans ma tête (mémoire auditive), mes doigts savaient lequel devaient jouer (mémoire kinesthésique) mais sur quelle corde ? Pour jouer quelle note ?

Je me suis arrêtée, et suis allée chercher ma partition… grand moment de solitude…😓

C’est ainsi que j’ai réalisé qu’il suffisait d’un coup de stress pour que toutes les informations apprises via mon type de mémoire dominant ne soient plus accessibles. J’avais donc intérêt à revoir ma technique d’apprentissage en incluant TOUS les sens, histoire que les autres mémoires prennent le relais si l’une décidait de partir en vacances !

J’ai expérimenté plusieurs outils de mémorisation peu de temps après cet épisode. Voici mes 3 incontournables pour retenir, inscrire dans la tête et dans le corps !

MES 3 OUTILS POUR UN APPRENTISSAGE RAPIDE ET EFFICACE ?

1 – Le travail sur table

 Le « travail sur table » veut dire « travail sans instrument », avec la partition et / ou un enregistrement audio.

Comment ça fonctionne :

Dans le train, dans un café, chez soi, pratiquez un morceau en visualisation pure (je développe ce point plus loin) en imaginant chaque geste (kinesthésie), chaque note sur la portée (visuel) et chaque hauteur de note (auditif).

J’utilise cet outil pour son côté pratique et efficace, surtout lorsque le délai est vraiment court !! Le travail sur table me permet d’avoir en un minimum de temps une idée globale de la structure et de la direction musicale du morceau.

2 – La dissociation

 Perso, ma technique préférée …😃

Cet outil de dissociation s’appuie dur la technique de la visualisation.

La visualisation, comment ça marche ?

Le système nerveux ne fait pas de différence entre un réel vécu et un réel imaginé. Quand on visualise une image mentale, celle-ci ainsi proposée au cerveau, entraine des phénomènes moléculaires se matérialisant sous la forme de neurotransmetteurs, eux-mêmes responsables de nos émotions. En réponse à ces émotions, des hormones sont libérées, influant directement sur les cellules de l’organisme. Grâce à la stimulation nerveuse envoyée aux muscles (par exemple) pendant une séance de pratique mentale (mais inhibée en fin de chaine pour que le mouvement ne soit pas complètement réalisé), on développe ainsi la propagation du message nerveux, ainsi que la capacité à recruter les fibres musculaires de manière correcte pour l’exécution du mouvement ciblé. On crée de nouvelles connexions synaptiques, un nouveau chemin vers un nouveau mouvement.

Cet exercice de dissociation a 2 objectifs :

  • Intégrer physiquement le mouvement et la sensation, en créant de nouvelles connexions synaptiques. 
  • Contourner les systèmes de croyance de l’Égo, qui, lorsqu’il a la trouille et n’est pas à l’aise peut nous dire bien fort : « TU ES NUL.LE », « C’EST TROP DUR » et autres petites affirmations tout aussi productives !

Comment ça fonctionne :

  • Se préparer en induisant un état de relaxation par la respiration.
  • Puis imaginer quelqu’un jouer l’élément technique/le morceau à intégrer. Il faut que cette personne imaginée soit inspirante !
  • La regarder jouer sous tous les angles. Devant, derrière, de loin, de près …
  • Se glisser dans son corps, comme on se glisse dans un gant, sans le piloter. Rester en observateur des sensations
  • Sentir les doigts, les muscles, ralentir ou accélérer le tempo
  • Puis prendre possession du corps et des sensations et en intégrant ces sensations à notre propre cerveau.

L’Égo ne peut plus brailler de peur car dès le départ, ce n’est pas de lui qu’il s’agit, mais de quelqu’un d’autre 😉. Dans cet exercice, plus la personne imaginée nous inspire, plus l’indice de confiance est haut et induira de la joie.

En effet, les émotions de joie et d’amour déclenchent une signalisation caractéristique dans les voies neuronales en générant des neurotransmetteurs : sérotonine, dopamine, endorphine … (Kotler et Wheal, 2017).

La sérotonine est associée à la notion de satisfaction, la dopamine à celle de la récompense. Les endorphines bloquent la douleur et augmentent le plaisir. Lorsque ces molécules inondent le cerveau, nous nous sentons rassurés, satisfaits et apaisés.

Cet exercice permet aux neurones de faire sereinement leur boulot d’intégration des nouvelles données, sans être pollués par les messages de trouille envoyé par l’Égo.

3 – Les tiroirs

Pour apprendre plusieurs morceaux en quelques heures, je m’appuie sur la technique des tiroirs.

Comment ça fonctionne :

La mémoire à court terme est limitée dans sa capacité de stockage. Comme pour un ordinateur, si cette limite est dépassée, ça buggue .. !

Mais le cerveau est ingénieux ! Il est capable d’organiser et de regrouper plusieurs infos dans une seule unité plus importante, le fameux tiroir.

Ce mécanisme s’appelle le chunking. Il donne la possibilité d’entreposer de plus grandes quantités d’informations dans la mémoire à court terme avant de la transférer vers la mémoire à long terme.

Lorsque j’apprends un morceau, je le découpe en sections et sous sections que je mémorise séparément. Chaque partie est ensuite rangée dans son propre tiroir auquel j’associe un nom.

Ex: Thème principal

Je n’ai ensuite qu’à me rappeler la chronologie des tiroirs.

Ex : Tiroir Intro – Tiroir Thème principal – Tiroir Thème secondaire etc ….

Comme avec un ordinateur, on libère ainsi de la mémoire vive. Les infos sont rangés, étiquetés et prêtes à l’emploi !

J’utilise ces 3 outils au quotidien et n’en ai pas vu pour l’instant la limite, bien au contraire !  😉 

N’hésite pas à partager tes outils et tes questions dans la section commentaire de cet article ! 

Rdv le mois prochain pour « la boîte à outils d’une musicienne pro » #3 !


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